I Corinthiens 3, 5-9

L’un sème, l’autre arrose

Semer c’est faire un acte de foi, car il est empreint d’incertitude. Le culte d’ouverture du catéchisme est une occasion de se le rappeler.

Cette prédication a été prononcée le 6 novembre 2011, à Rossinière.

Bien sûr, je pourrais vous parler d’en bas, mais je préfère monter en chaire… ce n’est pas pour en imposer, ni pour marquer une distance… non. C’est pour une toute autre raison que je vous dévoilerai plus tard.

Car pour l’heure, il n’est pas question de moi, mais bien de vous chers catéchumènes. Ou mieux encore, de toi, cher catéchumène. Car je n’ai pas envie de m’adresser à un troupeau docile, mais bien à la personne unique que tu es.

« Catéchumène » ! En voilà un joli titre. En voilà une belle étiquette ! Une de plus, avec toutes celles que l’on te colle déjà sur le dos. Et c’est pas fini…

Élève de 5e, élève de 6e, de 7e… après ce sera « étudiant de ceci », « apprenti en ci » ou « stagiaire en ça »…

Et puis, il y a sûrement aussi « la blonde », « l’intello », « le clown » ou « le bouffon »… Et puis tous ces autres adjectifs, qui volent dans les cours de récré, mais qui feraient bizarre si je les disais ici, ce matin, devant tes parents et tes amis…

Il y a aussi les numéros qu’on te colle sur le dos dans l’équipe de foot ou de hockey, les costumes de la danse, les catégories du concours de ski ou les classements au tennis, au badminton… Toutes ces chouettes activités qui font ta vie, qui font ce que tu es et qui te donnent ta place.

Alors… ce titre de plus qu’on te donne aujourd’hui, ce « catéchumène », sans doute aura-t-il bien du mal à trouver son petit coin dans ton agenda bien chargés et dans ta vie trépidante.

Et puis… « catéchumène »… ils sont allé le chercher où ce mot-là ? « Catéchumène » ! Ça ressemble à un mot de dictée non-apprise… à un de ces mots qui n’existent que dans les livres très épais et très lourds, ceux que l’on n’ouvre que lorsqu’on est vraiment obligé. Des livres comme le dictionnaire… comme la Bible…

« Catéchumène »… Heureusement qu’on peut le raccourcir… Mais quand on dit « je vais au caté »… ça sonne déjà presque comme « cata »… ça fait pas beaucoup plus envie…

Et puis, qu’est-ce qu’on gagne à y aller à ce fameux caté ? Pas de premier prix, pas de championnat… pas de représentation… pas de classement… pas d’examens non plus (ben tiens, manquerait plus que ça !)… Bon, bien sûr, il paraît qu’il y a parfois de fameux cakes ou autres gâteaux, mais bon, il paraît aussi que c’est pas la raison de tout ça.

Alors, de quoi est-il question dans ce fameux caté ? Pourquoi est-ce qu’on y va ? Et puis d’abord, « catéchumène », ce mot à rallonge et à embrouille, ça veut dire quoi au juste ? Eh bien, un catéchumène, ton gros dictionnaire te le dira, c’est « quelqu’un qu’on instruit de vive voix ».

Ah ben, ça va te changer ! Super ! Après l’école, entre deux cours… hop un petit peu d’instruction ! Ça te manquait, tiens !

Bon, laissons le dictionnaire de côté et écoutons ce qui se dit autour de nous. Tes parents, tes amis, tes copains, le grand frère ou la grande sœur « qui a passé par là » t’ont sans doute déjà donné une idée de quoi il retourne.

Alors, le caté, ça sert à quoi ?

Si on te posait la question, si on posait la question à celles et ceux qui sont ici avec toi aujourd’hui, on obtiendrait sûrement des réponses comme « le caté, c’est pour apprendre à connaître Dieu », « c’est pour mieux connaître Jésus », « c’est pour savoir ce que dit la Bible »…

Tout cela n’est sûrement pas faux, Dieu, Jésus, la Bible, c’est bien ce dont il est question en principe dans un caté, mais j’aimerais partager avec toi la réponse que m’a donné l’autre soir Anne-Christine, qui, avec son expérience de diacre dans un grand sourire m’a dit :

« le caté, on y va pour semer… dans tous les sens du terme d’ailleurs ! ».

C’est ça. C’est exactement ça. Au caté, on sème.

Et on peut en semer des choses !

On peut semer la bonne parole, on peut semer la grouille ou la zizanie, on peut semer le doute, on peut semer les rires et la bonne humeur…

Et parfois, on ne sait même pas très bien ce que l’on sème. Semer, c’est toujours un peu l’inconnue. Des fois ça prend, des fois pas. Parfois, de toutes petites graines, venues d’on ne sait où donnent des arbres énormes. Parfois, la graine que l’on a plantée avec soin, dans le meilleur coin du jardin, ne donne qu’une petite pousse timide qui disparaît à peine sortie du sol.

Oui, semer, c’est toujours l’inconnue. C’est toujours un peu hasardeux.

Et bien justement, il y a une question que je veux te poser ce matin. Une question à laquelle je ne répondrai pas. Une question que je sème en toi le catéchumène, mais aussi en vous les catéchètes, en vous les parents, parrains et marraines, une question que je sème en moi, à la fois père et paroissien… Dans ce petit carré de caté sur le point de s’ouvrir, qu’allons-nous planter, nous tous ensemble ?

Alors, cher catéchumène…à quoi ça va te servir le caté ? À quoi va servir ce temps que tu vas passer avec tout le groupe réuni, rencontre après rencontre ?

À t’occuper ? Tu es déjà occupé.

À t’instruire ? Tu es déjà un professionnel de l’instruction.

À t’amuser ? Tu sais déjà t’amuser sans qu’on ait besoin de t’y aider, pas vrai ?

À te cultiver ? Ah… peut-être… mais comme on cultive une plante.

Rassure-toi, il ne s’agit pas de te mettre en pot ou de te coller un tuteur qui te redresse. Le caté, ce n’est pas le lieu des réponses rigides ou des croyances fermées qui viendraient t’enfermer dans un système clos…

Oui, je sais, ça l’a été parfois, ça l’est peut-être encore et si tu en parles à tes proches, tu entendras sûrement l’une ou l’autre histoire de pasteurs qui ont fait plus de mal que de bien, comme des jardiniers qui auraient le sécateur un peu facile. Le caté… c’est vrai, on n’y a pas toujours semé que du bonheur…

Mais est-ce que ça suffit à te faire penser que tu n’en a pas besoin ? Bien sûr la plante sait qu’elle peut pousser toute seule. Mais laisse-nous enrichir un peu ton terreau. Laisse-nous prendre soin de ta soif de questions sur la vie, sur le pourquoi des choses, sur ce qui fait que l’on pense, que l’on cherche, que l’on pleure et que l’on rit.

Même si nous ne pouvons, ni ne voulons te donner de réponse définitives sur toutes ces choses qui nous dépassent et que l’on appelle Dieu, permets-nous de t’offrir un peu de cette lumière qui rend l’aventure de la vie plus belle. Permets-nous au moins d’essayer. Donne-toi cette chance de grandir spirituellement, de poser des bases pour ta personnalité. Profite de ce temps, pour réfléchir à ta place dans ce monde et ne te prive pas du plaisir d’embarrasser tes catéchètes avec des questions impossibles sur le pourquoi de la vie et sur le sens à donner à tout ça… et quand tu  auras bien usé tes catéchètes avec ces impossibles questions, emporte-les avec toi à la maison et ressers-les à tes parents :

Qui je suis ? Où je vais ? Pourquoi le monde ? Est-ce que tu crois en Dieu ? Est-ce que tu crois que Dieu crois en toi ? Qu’y avait-il avant ? Qu’est-ce qu’il y aura après ? Si Dieu est Amour, pourquoi est-ce que tout le monde n’est pas heureux ? Où est Dieu quand j’ai mal ? Pourquoi y a-t-il tant de religions différentes ?

Ces questions, on a parfois l’impression qu’elles ne mènent nulle part, mais ce sont elles qui nous font grandir. Et chaque fois que tu  peux te les poser avec quelqu’un, quel qu’il soit, quelle que soit son histoire et ses croyances, tu prends soin des graines qui ont été semées en toi. Tu prends soin des graines qui ont été plantée en lui, il y a peut-être bien longtemps.

C’est ça le caté. Un endroit où l’on ne compte pas les points. Un endroit où il n’y a pas de notes. Un endroit où on ne donnera que rarement des réponses définitives…

Mais c’est un endroit où tu pourras grandir et aider à grandir, un endroit où tu pourras prendre soin de tout ce qui dépasse la vie de tous les jours. Un endroit où je souhaite que tu puisses être toi-même.

Pas « la blonde », pas « l’intello », « le clown » ou « le bouffon ». Mais juste toi-même. Pleinement toi-même. Oui, toi. Pour que tu puisses découvrir les graines qui poussent en toi et que tu puisses les aider à grandir.

Le caté, c’est aussi un endroit où, ma foi, tu ne prendras pas racine. Il ne dure qu’un temps. On n’est pas catéchumène à vie. Mais quel que soit ton chemin, quels que soient tes choix et ta trajectoire, ces graines plantées seront là… Les questions qui auront commencé à te faire grandir pourront être arrosées au contact d’autres expériences et d’autres rencontres.

L’un sème, l’autre arrose et Dieu fait croitre. Tu es le champ de Dieu, la construction de Dieu.

Voilà. Pour terminer, il me reste à vous révéler pourquoi j’aime monter en chaire. Vous vous souvenez ?

C’est très simple. J’aime monter en chaire, parce que chaque fois que j’y monte, j’ai l’honneur, le privilège et le bonheur de contempler l’œuvre de Dieu.

En voyant vos visages, en voyant chacun de vous, je me dis « Seigneur, que cet œuvre est belle »…

Prenons en soin. Prenons soin les uns des autres

Au nom de notre Seigneur Jésus, le Christ,

Amen.

Vous aimez? Faites-le savoir.

  1. Jacques-Etienne12-04-2011

    Magnifique !
    Merci poussin.
    Continue !

Commenter

Soli Deo Gloria.