L’étoile

Un petit conte sur le don de soi et la gratuité.

Au fond de l’espace, dans la noirceur-solitude d’un point égaré de l’univers, une étoile brûlait. Elle brûlait sans briller puisque nul regard ne se posait sur elle. Elle brûlait sans passion, car elle était seule dans sa portion de cosmos. Elle était étoile sans le savoir, une étoile sans mérite, une étoile sans gloire à symboliser. Elle ne figurait sur aucun torse bombé par on ne sait quelle fierté, elle ne guidait aucun navigateur égaré. Elle était, sans même le savoir.
Dans son voisinage, il n’y avait d’autre élément de paysage que le fleuve invisible du temps qui coulait imperceptiblement, puisque personne n’était là pour en mesurer la course. Pas plus que l’étoile sans regard, le temps sans mesure ne manquait à personne.

Il aurait pu, il aurait dû en être ainsi pour toujours, si tant est que cette expression ait pu avoir un sens dans ce monde sans haut ni bas, sans queue ni tête, sans alpha et sans oméga. Sans toi, ni moi.

Plus tard, on écrirait beaucoup à propos des « pourquoi » et des « comment ». On dirait un peu de vérité en toute légèreté et beaucoup d’absurdités l’air grave. On gloserait, on élaborerait, on expliquerait… mais jamais on ne saurait.

Le fait est que, sans se soucier de l’incapacité à venir d’expliquer la chose, à un instant impossible à situer dans ce brouillard relatif… le fait est que… l’étoile sut. Elle se devina étoile. Sans pouvoir l’exprimer en aucune manière, faute de mots, faute d’interlocuteurs ou de vis-à-vis, l’étoile se sentit étoile.

Au début, elle n’en fit pas grand cas.

Puis elle s’en étonna.

Puis elle s’en amusa.

Puis elle s’en euphorisa.

Et puis… et puis vint la peur

Sitôt après la conscience vint la peur de l’oubli, de la fin, de la disparition, de la perte et du néant qui venait à peine de la laisser échapper. À quoi bon être, si ce n’est qu’un intermède cruel entre deux puits vides ?

Maintenant qu’elle était, elle voulait subsister, survivre, laisser sa trace dans ce ciel d’indifférence. Mais… nul regard, nulle âme de poète. Pas le moindre soupçon d’un reflet d’une indiscrète lunette d’astronome dans ce coin de ciel reculé et oublié.

Ailleurs, il devait forcément… oui, c’était certain, immanquable, le contraire ne pouvait être, il le fallait. Il devait y avoir d’autres consciences, une âme disposée à frémir, même fugacement, même à son insu, d’une bribe d’éclat de l’étoile qui se savait être ce qu’elle était.

Il lui fallut longtemps, une éternité, peut-être même deux, avant d’imaginer l’ombre d’une possibilité de solution. Il lui fallut plus longtemps encore pour nourrir cet embryon d’idée et plus longtemps encore pour passer à sa réalisation. Comment y parvint-elle ? Nul ne le sait, ni ne pourra jamais le concevoir, mais le fait est qu’elle y parvint. L’étoile qui brûlait au fond de l’espace dans la noirceur-solitude d’un point égaré de l’univers, cette étoile même qui brûlait sans briller puisque nul regard ne se posait sur elle, cette étoile qui savait qu’elle était et qui avait peur de plus être… Celle-là même découvrit le secret du mouvement. Sans qu’on sache comment, elle parvint à dompter ses feux et à les utiliser pour commencer un voyage incommensurable à travers les solitudes spatiales.

Peu après la joie de la découverte et la fierté de la réussite, l’étoile s’aperçut que sa trajectoire n’était pas sans prix. Certes, elle voyageait à la découverte et à la rencontre du regard qui la ferait briller, mais à chaque portion d’espace franchie elle abandonnait un peu de matière. Elle rayait le firmament d’une trace de poussière d’étoile qui, immanquablement, inexorablement, hâtait sa fin et son retour vers l’oubli du néant.

Un temps, elle en fut perturbée. Cela faillit la stopper net dans sa course. Puis, elle pleura un peu, rit ensuite très fort d’un rire silencieux et elle décida de poursuivre son épopée sidérale. Elle savait qu’elle en disparaîtrait, mais à quoi bon être si ce n’est pour personne ?

— Oh, regarde… une étoile filante !

— Fais un vœu mon fils…

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Soli Deo Gloria.