Luc 15, 11-32

Un père irresponsable?

En 2010 et 2011 ont eu lieu deux éditions de la « Nuit de la prédication », ouvertes à tous les laïcs et les ministres qui souhaitaient se prêter à l’exercice. Le samedi 28 juin 2011, mon fils Loïc y a participé avec le texte ci-dessous. Je trouve particulièrement intéressant que, du haut de ses quinze ans, il ait choisi de mettre le projecteur sur un personnage généralement oublié dans cette parabole: le père.

Cette prédication a été prononcée le 28 juin 2011 à Château-d’Oex.

Pour ma prédication je vais vous faire voyager dans le temps. Nous allons marcher dans le sens contraire du courant jusqu’à l’aube de la guerre. Oui, je vous emmène en 1939. Dans une de ces maisons blanches de Provence il y a un vieil homme.

Il est seul.

Son fils est parti se battre contre d’autres qui ne lui ont rien fait, sur un ordre d’un maître avare qui ne risque pas sa vie.

Ce fils, c’était tout ce qu’il possédait.

C’était il y a dix ans déjà. Un matin, le garçon lui avait demandé de lui donner la part d’héritage qui lui revenait. Le père, qui pouvait se le permettre, s’exécuta. Mais au fond de lui quelque chose lui criait de ne pas le faire, quelque chose de violent, de conservateur: son amour. Car, il y avait ce sentiment, caché dans les tréfonds de son âme: lui, il le savait.

Il savait que c’était pour partir que son fils avait besoin d’argent. Sans doute pour aller chasser les chimères dont lui-même, son père, avait esquissé les contours à l’aide du pinceau léger, mais ineffaceable des légendes. Et, lorsque la raison et son fils se furent enfin rendus maître des dernières murailles que l’amour dressait, il céda et donna l’argent qui lui revenait à son fils.

Cet instant était celui que l’homme haïssait le plus aujoud’hui. Il se demandait comment il lui avait été possible de commettre un telle erreur.

Un matin le fils était parti, sans dire adieu à son père, car le courage lui manquait. Le père, lui, avait très bien compris ce qui se jouait sous ses yeux, mais ne bougea pas.

Aujourd’hui il est seul et n’a jamais revu son fils. Il ne lui en veut pas d’être parti, il ne lui en veut pas de ne pas être revenu… ou plutôt, il ne sais pas.

Voilà mon histoire. Certains se demanderont certainement: « quel rapport avec la parabole »?

Le père. Ou plutôt, son action. Vous n’allez pas me dire que le père de la parabole ne devait absolument pas se douter que son fils allait partir?

Vous voyez un peu la scène: « ouais, salut papa, euh.. j’aimerais que tu m’files 20’000 balles… et la clé de la voiture… et mon passeport aussi ».

Bon d’accord dans le texte le fils ne demande que l’argent, mais quand même.

Mais bon.

On ne peut pas dire que le père ne s’intéresse pas a son fils non plus, car en le revoyant, d’abord il le prend en pitié, et après, il organise un fête en son honneur. On peut donc juger par cet acte de l’amour que porte le père au fils. Il n’est même pas en colère lorsque le fils revient pauvre, ayant dilapidé la fortune qui lui a été remise!

Alors pourquoi le père laisse-t-il partir son fils?

Je pense qu’il l’a fait par amour. Cet homme aimait tellement son fils qu’il a préféré le savoir heureux loin de lui que malheureux à ses côtés. Il aime suffisament son fils pour passer par dessus son égoïsme et ses propres désirs pour satisfaire ceux de son fils.

Alors serait-ce aussi par amour que l’homme aurait fêté son fils? Pourquoi pas.

Donc ce serait par amour que le père aurait accepté de souffrir.

Ce serait par amour qu’il aurait donné à son fils la liberté de faire des erreurs.

Ça ne vous rappelle rien? La grâce, par exemple. Le pardon et le droit de se tromper qui, pour moi sont les fondements de notre religion.

Était-ce l’un des messages de la phrase: aimez vous les uns les autres?

Cela voulait-il dire: « aimez vous suffisamment pour vous pardonner, pour vous donner la liberté de faire des erreurs »?

Pour moi, oui.

Amen

Vous aimez? Faites-le savoir.

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Soli Deo Gloria.