Confession de foi

À seize ans, Loïc a demandé le baptême. Il a prononcé le texte qui suit à cette occasion devant la communauté rassemblée dans l’Église de Rossinière.

Mesdames, Messieurs, je pars.

Je pars pour un voyage, pas un voyage club-med et plage, non, un vrai voyage, sac au dos, un peu planifié, un peu au hasard.

Je ne sais pas où je vais, mais j’y vais d’un pas décidé. Car c’est ainsi que je veux vivre ma foi, en fondant mes choix, en osant tout remettre en doute, et surtout en restant moi-même. Mais bon, ce dont on m’a demandé de parler ici, ce n’est pas le voyage lui-même, d’ailleurs comment le pourrais-je? Je suis encore sur le pas de porte. Non, je vais vous en exposer les raisons.

Depuis tout petit, on m’a enseigné ce qu’il faut faire et ne pas faire, on m’a donné des raisons et quelques éléments pour comprendre le pourquoi de la chose, mais, on s’endort vite dans ces habitudes confortables, et on a beau eu m’expliquer le monde, comment ça se passait dehors, il est toujours plus facile de rester chez soi au coin du feu que de partir dans d’aventureuses quêtes.

Puis l’envie du voyage m’est venue par touches subtiles: une réponse qu’on n’a pas pu me donner, des questions éludées m’ont fait découvrir pas à pas que la vérité n’est pas un absolu.

Un voyageur croisé qui ouvre mes horizons, un texte ou une personne qui vient remettre en cause des principes que j’ai cru immuables. Il a donc fallu quelques seize longues années pour que je m’aperçoive enfin que, si la vérité est un fantasme, c’était à moi de décider quel habit lui faire revêtir. Et alors je me suis décidé à aller voir par moi-même, à quoi bon attendre qu’on donne une réponse, peut-être biaisée, en tout cas subjective, à mes questions quand on peut aller la chercher soi-même?

Bien évidemment ça ne s’est pas fait en un jour, j’ai de tout temps eu peur de faire mal les choses, de me tromper. Je me souviens avoir refusé le baptême il y a deux ans parce que j’avais encore trop de « questions sans réponses et de doutes ». Il s’est tout de même écoulé un certain temps depuis, et ces interrogations qui se sont posées à moi ne sont toujours pas résolues.

Et c’est pour ça que j’ai demandé à me faire baptiser: parce que je doute, parce que j’ai des questions et que j’ai décidé aujourd’hui de partir en chercher les réponses.

Parce que je suis à un carrefour de ma vie et que je ne sais pas où je vais ni comment. La seule certitude que j’ai, c’est que rester là est le moyen le plus sûr de ne pas atteindre mon but.

Alors j’ai décidé de m’engager dans cette voie, sur ce chemin à vos côtés. Dieu seul sait ce qu’elle me réserve et qu’il me garde la surprise.

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  1. Denis Spuhler04-17-2013

    Je dois quand même ajouter qu’à 71 ans, je n’ai toujours pas de certitudes et que je suis toujours sur le chemin de la recherche de la vérité. Mais cela fait le sel de la vie. C’est une aventure qui vaut la peine d’être vécue. Il faut parfois avancer à contre-courant. Mais comme disait Mao, il n’ y a que les poissons morts qui vont dans le sens du courant.
    La vie nous apprend à déplacer nos questions. Ce qui fait que notre foi évolue et se transforme. Heureusement, le message de l’Evangile est un message qui nous libère et non qui nous enferme.
    À+

  2. Denis Spuhler04-17-2013

    Merci, Loïc, pour ce beau témoignage.
    J’y ajoute juste ce mot d’Ernest Renan: « Le doute est un hommage que l’on rend à la vérité ». (Essais de morale et de critique – 1859)
    Bon vent sur le Chemin…du doute et de la vérité.

Soli Deo Gloria.