I Timothée 2, 8 à 15

Un héritage encombrant?

Le Nouveau Testament se fait parfois le témoin de conceptions de la société qui sont aujourd’hui difficilement défendables. La femme est-elle réduite à se taire dans l’ombre de son mari et à faire des enfants comme le texte de la lettre à Timothée semble l’exiger? Si Dieu s’est incarné dans l’histoire de l’humanité, est-ce pour la figer et condamner par avance toute évolution de la société? Il est évidemment possible de répondre par la négative à cette dernière question. Mais dans ce cas, que faire de cet encombrant héritage dont ce passage de la lettre à Timothée n’est qu’un exemple?

Cette prédication a été prononcée le dimanche 15 avril à L’Étivaz.

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Oui, bonjour, ici Ken de Spirit Marketing et Public Relation. Oui… tout à fait. Je vous rappelle comme convenu après une première étude de votre dossier… exactement… oui… il s’agissait de travailler sur votre image auprès du public et de voir si nous pouvions contribuer à vous repositionner dans le bon trend… oui, c’est ça…

Alors écoutez, pour votre histoire d’évangile, là, j’ai deux bonne nouvelles, comment ? Oui, non je dis deux bonnes nouvelles… Comment ? Oui ? Euh comment ça il n’y a qu’une bonne nouvelle ? Euh bon d’accord, peut-être… mais… bon écoutez, laissez-moi vous expliquer parce que sinon on n’y arrivera pas et j’ai un agenda très chargé. Oui… c’est ça… merci.

Donc, je disais que j’ai deux bonnes… choses à communiquer. La première, c’est que je pense que nous sommes en mesure de faire quelque chose pour vous et la seconde, c’est que j’envisage d’accepter le mandat personnellement. Oui…

Ah non, mais n’ayez aucune crainte, nous obtenons toujours des résultats extrêmement positifs et toujours dans un temps très court. Oui, oui… vous pouvez avoir une foi totale en nos services.

Ah ben, nous avons quelques jolis coups à notre actif. Tiens, par exemple, vous savez qu’on s’est occupé il y a quelques temps de l’image de la trottinette ? Parfaitement. Quelle réussite, n’est-ce pas ? Il y a trente ans c’était un jouet sûr, mais démodé que boudaient les enfants et aujourd’hui c’est un moyen de transport casse-gueule pour jeunes gens branchés et cravatés. Pas mal, non ?

Mais bien sûr que j’ai d’autres exemples. Que croyez-vous que votre grand-père aurait pensé si on lui avait demandé d’emporter son téléphone partout avec lui, hein ? Et il y a dix ans, vous vous seriez baladés dans la rue avec un casque stéréo monstrueux sur les oreilles vous ? Alors vous voyez, les états d’esprit, ça change, ça bouge, et surtout, ça se travaille et ça, chez Spirit Marketing et Public Relations, c’est notre partie. Et en toute modestie, nous pouvons dire que nous sommes les meilleurs de la branche.

Comment ? Quoi ? Qui ? Ah ! Combien ? Ne vous tracassez pas pour ça, je suis persuadé que nous trouverons un terrain d’entente.

Bien, alors, pour en revenir à votre dossier, là… Vous savez que c’est du solide ? Ah ben oui ! Non, mais bien sûr ! Ce Dieu qui crée un Univers, y place l’être humain et puis toutes ces histoires de rupture, de réconciliation et de re-rupture… Et Dieu, qui aurait toutes les raisons de perdre sa foi en l’humanité, qui décide de réduire la distance en devenant homme… C’est fort tout ça. Et là encore, toute la force tragique qui fait que Dieu fait homme est mis à mort par ceux-là même qui prétendaient agir dans la pureté et dans la foi. Quelle histoire ! Et quand on croit qu’elle se termine, elle ne fait que commencer… Ça mon vieux, c’est du lourd ! Je sens qu’on a un dossier « trottinette » dans les mains, pas moins.

Bon, bien, euh… cela dit… ça m’ennuie un peu de vous en parler, il y a peut-être deux ou trois petites choses à revoir. Oh, rien de bien méchant rassurez-vous. Juste quelques petits ajustements ici ou là.

Ben votre truc là, enfin oui, votre message… Comment ? Votre vérité ? Ah. Bon. Oui… euh enfin bref… euh… c’est pas un peu machiste tout ça ?

Oui… enfin je sais pas… mais déjà… Notre Père… le fils… les patriarches… et tout ça. Pourtant ça commençait bien, hein ? J’ai trouvé le début magnifique… attendez un peu… oui. Genèse 1 : Dieu créa l’homme à son image… homme et femme il les créa.

Ben oui, on croit que ça va partir sur un pied d’égalité. On est même agréablement surpris… Après plus loin… oui, bon, il y a un peu de tout… et puis hier, je tombe sur cette histoire de femme qui doit demeurer dans le silence… ouch… je veux bien croire aux miracles, mais il y a des limites quand même, non ?

Non, ça, franchement, au XXIe siècle, vous devriez supprimer. Ben oui, on n’est plus au Moyen-Âge quand même. Eh oui… les femmes ont le droit de vote, que voulez-vous. Oui, même en Iran et même en Afghanistan, ça va faire 50 ans l’année prochaine… et oui, en Suisse aussi, même si elle résisté huit ans de plus…

Sinon, on peut jouer la carte des valeurs fondamentales et fondatrices et se positionner dans la lutte contre la modernité perverse. Mais je vous préviens, il va falloir de gros moyen parce que ce créneau là il est déjà pas mal encombré !

Cela dit, avec quelques bonnes idées, ça pourrait marcher. On pourrait lancer une burqa chrétienne. Non quelque chose de simple, mais avec juste des ouvertures pour les yeux et les oreilles et une bonne insonorisation au niveau de la bouche. Ou un truc un peu lesté, qui force la femme à rester dans une position humble… faut voir.

Et puis, pour rester dans l’esprit du texte, il faudrait une gamme pour femmes enceintes évidemment.

Naturellement, j’imagine que vous allez devoir faire de l’ordre et virer toutes vos pasteurEs féminines… Et puis, comme il est interdit aux femmes d’enseigner ou de prendre la parole, il va falloir se séparer des catéchètEs… des lectrices… Les organistes ? Non… j’imagine que si du haut de leur galeries elles se taisent, ça doit être possible de les garder.

Si je suis sérieux ? Bien sûr. Je ne cherche qu’à vous aider. Un des grands principes de la communication est celui de la clarté et de la cohérence. Alors, si on applique ce texte jusqu’au bout…

Mais justement, en parlant de cohérence… Je me vois mal monter une campagne sur un message qui évoque à la fois l’amour du prochain et qui en appelle à la soumission des femmes… Ou alors, peut-être qu’on pourrait préciser qu’il s’agit de l’amour du prochain et pas de la prochaine… mais je ne sais pas si ça paraîtrait très clair.

Bon alors, c’est histoire de lettre à Timothée là, on biffe ? Non, pas tout, juste le passage sur les femmes. Comment ça, pas possible ? Un quoi ? Un héritage ? Oui, mais bon ça empêche pas de trier, non ? Ah, si ?

Non, mais je me permets d’insister, parce que j’ai quand même du mal à comprendre. Comment est-ce que Paul peut écrire aux Ephésiens que « C’est par la grâce, en effet, que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi ; vous n’y êtes pour rien, c’est le don de Dieu » et puis ensuite raconter à Timothée cette histoire de femmes qui ne serait sauvée qu’en mettant des enfants au monde ?

Alors, un coup le Dieu se réconcilie avec l’humanité et un coup c’est seulement avec les hommes et les femmes qui font des bébés ? Et celles qui ne peuvent pas en avoir ? Et celles qui n’en veulent pas ? C’est un crime ? Passible de rejet de la part d’un Dieu qui prétend être amour ?

Comment voulez-vous qu’on tricote tout ça pour prétendre que c’est cohérent ? Ça va être difficile.

En plus, je vous parie qu’il y en aura encore pour relever que Jésus ressuscité c’est montré en premier à des femmes et que ça ne colle pas trop avec un rôle de second plan pour la gent féminine.

Bon… si vous ne voulez pas biffer, on pourrait peut-être suggérer que Paul était un peu… disons… vieillissant dans la seconde lettre ? Un célibataire endurci, mais aigri en quelque sorte. Non, ça ne serait pas aussi efficace qu’une révision complète, mais ça atténuerait les propos. Comment ? Ah ? On ne fait pas de révisionnisme ? Bon d’accord… moi ce que j’en dis…

Alors, on pourrait penser que la communauté dont Timothée avait la charge était envahie de femmes aux mœurs légères ? Oui, vous avez raison, même si c’était le cas ça ne devrait pas être un obstacle pour un Dieu de réconciliation…

Ben alors mon vieux, si vous ne voulez pas appliquer à la lettre et si vous ne voulez pas non plus modifier la lettre, il va falloir assumer… et j’aimerais pas être à votre place quand il faudra expliquer ça en dix secondes sur un plateau télé.

Comment ? Vous vous en remettez à quoi ? Au discernement des auditeurs ? Et ça veut dire quoi ça ? Que c’est à eux de trouver leur chemin ? Ah bon ? Ils ont le droit ? Vous dites quoi ? Que c’est ça un des effets de la grâce ? Ne pas être paralysé par des textes, mais de pouvoir vivre selon sa conscience ? On dirait que vous oubliez que la Bible est la Parole de Dieu.

Comment ça, vous n’en êtes pas sûr ? Voilà qui est pour le moins surprenant de votre part ! Ah. La Parole ce n’est pas un livre ? Mais c’est quoi alors ? Je devrais dire c’est qui ? Ah… évidemment…

Donc, si j’ai bien compris, vous prétendez que la Bible rend témoignage de la Parole, mais qu’elle n’est pas la Parole elle-même. Et cette Parole alors ? Ah, Jésus, le Christ, vraiment Dieu, vraiment homme.. de la chair, de la vie, du mouvement, la mort et le mystère de la résurrection…

Vous êtes conscient de ce que ça implique ? Ben si Dieu s’est vraiment fait homme, ça veut dire qu’il est entré dans l’histoire des hommes. Et l’histoire, ça bouge, ça évolue, la vérité d’hier, n’est pas forcément celle d’aujourd’hui ou de demain ? C’est le flou total. Et ça, en marketing, c’est pas bon.

Un point de repère, dites-vous ? Lequel ? Le double commandement d’amour ? Aimer Dieu, aimer son prochain. Vertical, horizontal… ouais… ça pourrait presque faire un logo…

Une carte et une boussole ? Ma quoi ? Ma conscience et mon discernement ? En toute sincérité, je ne sais pas si j’en suis équipé… Vous pariez que si ? Vous risquez gros…

Vous voulez connaître le fond de ma pensée ? Je ne suis pas un savant connaisseur de ces choses, mais ce que ma conscience et mon discernement me disent c’est que la lettre de Timothée ne saurait justifier ni la souffrance, ni l’humiliation d’aucune femme. Ou alors, ce serait croire que Dieu est entré dans l’histoire des hommes pour la figer dans l’obscurantisme. On pourrait tout aussi bien rétablir l’esclavage.

Ou alors, est-ce qu’un règlement interne du premier siècle de l’église d’Éphèse suffirait à priver la moitié de l’humanité de l’amour inconditionnel de notre créateur ? L’histoire de l’humanité est un bateau en mouvement. Si Dieu est monté à bord, ce n’est certainement pas pour en stopper la trajectoire.

Ah. Une dernière chose. Je ne crois pas que je vais pouvoir travailler pour vous finalement… Je ne suis pas une femme, mais j’ai comme l’impression que cet appel à la pudeur, la discrétion et la modestie pourrait aussi me concerner. Et de la pub pudique, discrète et modeste… chez Spirit Marketing et Public Relations, ça, on sait pas faire. Allez ciao et sans rancune, hein ?

Soli Deo Gloria, à Dieu seul la gloire.

Amen.

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Soli Deo Gloria.